vacances

Dix heures volées, à qui ?… dix heures goûtées voluptueusement, le tram, le bus, les gens qui se serrent ; une jeune femme, assise à côté de sa mère habillée comme un copier coller avec elle ; ça parle, ça bouge, ça frotte. Une heure trente de hatha yoga, je souffle, je me tiens, je chasse les je n’y arriverai pas, je chasse d’ailleurs toute ma tête, je plonge dans mon corps, et ma peau, je me refuse à regarder quoique ce soit, je veux réapprendre à sentir. Douceur quand je roule mon tapis, je l’ai fait, et maintenant je suis maintenant. La place sainte Catherine est bondée, j’erre seule trop vêtue, trop chargée. Il fait printemps. Les gens, comme des petites fourmis, venus de nulle part, parlent, boivent, font moult gestes. Je suis seule. Non, pas un verre de vin, seule, accoudée à un comptoir. Non. Une soupe rue de Flandre, puis un thé vert. Et j’étudie, je checke, je note : va au divan, descend avant scène jardin, là, ça va trop vite, je lui dirai lundi. Rendez-vous place Flagey. Un cappucino sur un banc de la place. Une dalle est retirée, il y a un trou, et régulièrement, nous arrêtons de parler prêtes à agir pour éviter une catastrophe, un pied va s’embarquer dans le trou ? Nous parlons deux heures et demi, et avant ce rendez-vous, nous ne nous connaissions pas. La vie coule comme un grand fleuve et l’air que j’inspire vient peut-être tout droit de tes poumons ? Nous sommes frères. Elle me dit : la vie est impersonnelle ; elle nous traverse et c’est elle qui fait en nous, par nous. Je réponds oui. Puis le bus est bondé. Tous en descendent juste avant chez moi. Il y a un concert à Forest National. Il ne reste qu’un arrêt mais je m’assieds, ce n’est pas nécessaire, mais c’est gai, je savoure, le calme, et la place. J’aimerais être seule absolument, dans ce bus, et demander au chauffeur qu’on continue ensemble, jusque où il voudrait, à la mer peut-être ?


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